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Grenoble INP
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In memoriam

Hommage à Philippe Traynard, directeur de l'école de 1971 à 1978

Philippe Traynard
C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès de Philippe Traynard, le 11 janvier 2011, des suites d'une maladie aussi rapide qu'inattendue.

L'annonce de sa disparition laisse un sentiment d'incrédulité et un vide immense dans le milieu universitaire grenoblois et dans celui de la montagne, tant Philippe Traynard, véritable icône de vitalité et de solidité, paraissait  inusable malgré son grand âge.

Des études brillantes

Philippe Traynard est né le 25 novembre 1916 à Sommières dans le Gard. Toutefois, c'est dans la région marseillaise qu'il passe son enfance et son adolescence, son père étant professeur de mathématiques à la Faculté de  Marseille.

Après de brillantes études au lycée Thiers (1927 à 1937), il devient bachelier latin-grec et philo-mathématiques, et en juillet 1937, il intègre  l'École Normale Supérieure (ENS) de la rue d'Ulm, dans la section Sciences. Il obtient les certificats de licence de physique et mécanique rationnelle en 1938, et de chimie et calcul différentiel en 1939.

Mobilisé de septembre 1939 à août 1940, il interrompt ses études qu'il reprend après l'Armistice et obtient un Diplôme d'Etudes Supérieures en 1941. Reçu premier à l'Agrégation de physique-chimie en juillet 1942, il devient dès octobre, assistant agrégé-préparateur de chimie à l'ENS. En juin 1946, il soutient avec brio une thèse de doctorat d'État en chimie portant sur l'effet Raman, préparée sous la direction du professeur Georges Dupont. Le choix du sujet de sa thèse avait été dicté par certaines contraintes sous l'Occupation en particulier parce qu'il ne nécessitait pas de produits chimiques, ces derniers étant quasiment introuvables durant la Deuxième Guerre mondiale.

Ce brillant début de carrière lui permet d'obtenir  une bourse de Chargé de recherches CNRS (octobre 1946-septembre 1948), avec une mission de recherche à Uppsala en Suède (novembre 1946-septembre 1948) dans le laboratoire du  professeur Theodor Svedberg, Prix Nobel de chimie 1926. Il apporte au laboratoire suédois son excellente connaissance de l'effet Raman. Il revient en France en ayant pris conscience de l'importance de l'industrie papetière et de la chimie du bois dans ce pays et aussi, de l'utilité des peaux de phoque pour la pratique du ski de randonnée.

Une très belle carrière universitaire

Philippe Traynard est nommé Maître de Conférences à Grenoble en octobre 1947. Après un congé d'inactivité sans traitement d'un an, il prend son poste en octobre 1948 dans le laboratoire du professeur René Heilmann qui enseigne la chimie organique à l'École Française de Papeterie depuis 1940. Sa nomination à Grenoble lui permet de découvrir la montagne qui suscite en lui la passion de la randonnée et du ski.

Deux ans plus tard, en octobre 1950, il intègre le laboratoire de Marcel Chêne à l'École Française de Papeterie et crée le laboratoire de lignine. Il enseigne la chimie aux élèves-ingénieurs et encadre quelques thésards. Parmi ces derniers citons Medjid Ayroud (EFP 1950), Robert Charuel et André Eymery (EFP 1951), ainsi que le tout jeune André Robert, futur professeur de chimie de l'école, qu'il oriente vers la chimie papetière et le blanchiment "propre" à l'oxygène des pâtes à papier. Le nom de Philippe Traynard est d'ailleurs associé à ceux d'André Robert et d'Odette Martin-Borret dans le premier brevet déposé en 1963, en partenariat avec la société Air Liquide, ayant un intérêt industriel majeur reconnu mondialement dans ce domaine.

Philippe Traynard est nommé Professeur sans chaire en janvier 1953 puis Professeur à titre personnel en 1955. La même année, il fonde, sous l'autorité de Louis Weil, la Promotion Supérieure du Travail. De 1956 à 1971, il fait partie de l'équipe fondatrice du CENG et dirige le laboratoire de chimie sous rayonnement. Professeur titulaire à la Faculté des Sciences de Grenoble dès janvier 1958, il devient Professeur de l'INPG en 1971, à la suite de la réorganisation de l'enseignement supérieur et de la création de nouvelles universités. Il occupe ce poste jusqu'à son départ à la retraite en 1981.

De hautes responsabilités à l'EFP puis à l'INPG

Dès 1970, Philippe Traynard est pressenti par le Conseil d'administration de la Société Anonyme en charge de la partie privée de l'École Française de Papeterie (EFP) pour succéder à Marcel Chêne à la tête de l'établissement. Nommé directeur de l'EFP en 1971, il s'attache à redresser sa situation financière et réussit son rattachement à l'Institut National Polytechnique de Grenoble (INPG) en 1973, malgré la réticence et la mauvaise volonté des services du Ministère de l'Enseignement Supérieur de l'époque.

La stature, l'aisance et la simplicité de Philippe Traynard, ainsi que sa droiture et sa solidité, sont des qualités unanimement appréciées par la profession papetière, le personnel de l'école et les élèves-ingénieurs. D'ailleurs, ces derniers le choisissent comme professeur accompagnateur lors de leur voyage de fin d'études en Russie en 1974 et en Chine en 1976. La réussite dans ses missions de directeur et l'apprentissage de la gestion délicate d'une école importante dépendant à la fois du secteur privé et du secteur public lui ouvrent la voie vers de hautes fonctions à l'INPG. Nommé Président de l'Institut en 1976, il lui apporte ses compétences et son expérience jusqu'en 1981, date de son départ à la retraite : des fonctions qu'il assure d'abord en double gestion avec l'EFP de 1976 à 1978, puisqu'il est réélu à la direction de l'école en décembre 1977, puis en gestion unique de 1978 à 1981.

Philippe Traynard est très respecté par les industriels ayant en charge les destinées de l'EFP et a toute leur confiance. Ses responsabilités à l'école lui permettent de côtoyer le monde de l'entreprise dans lequel la réflexion, l'esprit de décision et l'action vont de pair avec le réalisme et l'efficacité. A ce titre, il est l'un des artisans du transfert de l'école du centre-ville vers le domaine universitaire de Grenoble en 1978. Ses rapports avec les responsables papetiers, bien que toujours courtois et empreints d'une estime réciproque, sont quelquefois tendus. En particulier, Philippe Traynard évoquant avec humour ses relations parfois orageuses avec Guy Richelet, secrétaire général du syndicat papetier et homme fort de la profession de 1965 à 1982, se plaît à dire que finalement leurs "rugosités s'étaient en fait parfaitement accordées".

La passion de la montagne

À cette brillante carrière d'universitaire, Philippe Traynard, passionné de randonnées, ajoute une "carrière alpine" hors du commun. Il se retrouve à la présidence de toutes les instances proches des activités de montagne, y compris le Secours en Montagne du Département de l'Isère. Sa connaissance et sa pratique de la montagne lui permettent de publier, en collaboration avec son épouse Claude Traynard, des ouvrages à l'usage des randonneurs-skieurs, qui ont un succès retentissant : "Alpes et neiges - 101 sommets à ski" aujourd'hui pratiquement introuvable, "Cimes et neiges - 102 sommets à ski" (Arthaud, 1971), "Ski de montagne" (Arthaud, 1974), "Dômes, pics et neiges - 103 sommets à skis" (Flammarion, 1985). Cette passion pour la montagne, génératrice d'un bonheur partagé avec son épouse, lui permet de surmonter la pire des épreuves en juillet 1968 : la perte de deux de ses enfants, Laurent et Bénédicte, et de sa belle-fille Fanchette Rimet, dans le crash de leur avion au dessus des montagnes corses. En août 1992, il perd également son épouse Claude dans un accident en montagne.

Après le succès des Jeux Olympiques de Grenoble en 1968, son action militante permet d'inhiber les intentions mercantiles des promoteurs pour l'extension ou la création de nouvelles stations, et conduit à la sauvegarde des parcs de la Vanoise et des Ecrins. Initiateur du parc naturel du Vercors, il est également à l'origine de la Grande Traversée des Alpes. Il préside la section iséroise du Club Alpin Français (CAF) (1963-971 puis 1974-1978) et assure la vice-présidence du CAF national (1966-1973). Il préside la Fédération Française de la Montagne (FFM) (1981-1985) puis l'Association pour l'étude de la neige et des avalanches (Anena) (1978-1983).

Personnage hors norme, Philippe Traynard a cumulé tout au long de sa carrière les honneurs et décorations dans tous les domaines possibles : Officier de la Légion d'Honneur, Commandeur du Mérite National, Commandeur des Palmes Académiques, Médaille des Sports, Mérite Agricole, Médaille du Secours en Montagne, Médaille d'Or de la Jeunesse et des Sports. Il a également obtenu la Croix de Guerre en 1941 pour  faits d'armes de 1939 à 1941. Plus récemment, en novembre 2006, à l'occasion de ses 90 ans et d'une petite fête organisée par le Club Alpin Français en son honneur, Michel Destot, député-maire de Grenoble, lui a remis la médaille d'or de la ville de Grenoble.

Un hommage général

Philippe Traynard lors du Centenaire de l'école en 2007Lors d'une cérémonie-souvenir organisée en sa mémoire le 22 janvier 2011 au centre œcuménique Saint-Marc de Grenoble, sa famille et tous ses amis, qu'ils soient issus du monde de la  montagne ou de celui de l'université, lui ont rendu un dernier hommage.

Paul Jacquet, administrateur général de Grenoble INP, s'est exprimé à cette occasion au nom de l'Institut Polytechnique et de Grenoble INP-Pagora. Il a souligné l'œuvre immense de cet universitaire exceptionnel dont la créativité, la générosité, l'action, la qualité d'écoute, la simplicité ainsi que la philosophie de vie ont largement influencé les destinées et l'esprit des deux établissements.

Michel Destot, député-maire de Grenoble, et Jean-Michel Dion, conseiller scientifique au Commissariat Général à l'Investissement, ont tenu également à apporter leur témoignage lors de cette cérémonie à laquelle assistaient de nombreux enseignants, personnels et anciens élèves de l'école.

Philippe Traynard était très attaché à l'école (Grenoble INP-Pagora/EFPG) qu'il avait connue dès 1948 avant de la diriger de 1971 à 1978. Si son emploi du temps le lui permettait, il assistait volontiers à toutes les cérémonies qui y étaient organisées, manifestations officielles ou simplement festives comme des départs à la retraite. Agé de 91 ans, lors de la célébration du Centenaire de l'EFPG en juin 2007, il fit une intervention remarquable durant la conférence d'ouverture des festivités, très appréciée par la nombreuse assistance.
Ajoutons enfin qu'il était membre d'honneur de notre association des anciens de l'école, La Cellulose, depuis 1972.

La communauté universitaire et celle du secteur industriel de la filière papier viennent de perdre un grand ami. Puisse son souvenir nous servir encore d'exemple.
La Cellulose reconnaissante présente à sa famille et à tous ses amis, ses condoléances les plus attristées.

Gérard Coste

Président de La Cellulose

Sources

  • Entretiens privés de Philippe Traynard avec Gérard Coste, Président de La Cellulose.
  • Archives du Service du Personnel de l'EFPG.
  • Archives de La Cellulose.

Rédigé par Anne Pandolfi

mise à jour le 21 septembre 2016

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